• Info

    Cahier de l'Art Brut, fasc. 7, par Jean Dubuffet et Jacqueline Porret-Forel

    Aloise et le Théatre de l'Univers, Skira 1993, Texte de Jacqueline Porret-Forel

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Alo%C3%AFse_Corbaz 

  • Bio

    1886, Lausanne (Suisse) - 1964, Gimel-sur-Morges (Suisse)

    Aloïse a onze ans lorsque sa mère meurt. Bachelière en 1906, elle vit une brève passion avec un étudiant - relation à laquelle sa sœur met violemment fin - et rêve de devenir cantatrice. En 1911, elle s’installe en Allemagne, travaille comme institutrice, puis comme gouvernante du chapelain de Guillaume II à Potsdam. A cette époque, elle conçoit une passion imaginaire pour l’empereur. Elle a vingt-sept ans quand apparaissent ses premiers troubles psychiques. D’abord hospitalisée en 1918 à l’asile de Cery-sur-Lausanne, elle sera pensionnaire de celui de la Rosière de 1920 jusqu’à sa mort. Durant les premières années de son internement, Aloïse s’enferme dans un isolement complet avec des accès de violence occasionnels. Puis elle s’adapte progressivement à la vie hospitalière - elle s‘occupera du repassage du linge. Vers 1920, elle commence à écrire et à dessiner en cachette, mais sa production est presque intégralement détruite. C’est seulement à partir de 1936 que le Pr Hans Steck, directeur de l’hôpital, et le Dr Jacqueline Porret-Forel, son médecin généraliste, commencent à s’intéresser à son œuvre. Aloïse dessine le plus souvent avec des crayons de couleur et des craies grasses, mais aussi, parfois, avec du suc de pétales ou de feuilles, ou encore avec du dentifrice. De temps en temps, elle ajoute des coupures de journaux, des papiers d’emballage de chocolats, des chromos, réalisant ainsi des sortes de collages. Le support qu’elle préfère est le papier kraft récupéré des colis. Elle dessine presque toujours le recto et le verso. A l’aide de fils de laine, elle coud entre elles les feuilles de papier pour obtenir de plus grands formats, dont certains atteignent plus de dix mètres. Le destin d’Aloïse est frappé par une mort symbolique tandis son œuvre témoigne de sa renaissance. Consommant sa rupture avec le “monde naturel ancien d’autrefois”, elle n’est plus femme de chair, “boue noire” définitivement morte, mais devient la grande ordonnatrice d’une œuvre peuplée de fleurs, de rois, de reines, de princes charmants, de princesses voluptueuses, de gâteaux et de cirques, de célèbres et légendaires histoires d’amour. D’où le paradoxe de cette immense galerie de portraits à la fois somptueux et fantomatiques, de ces masques à la fois foisonnants et inexpressifs, qui témoignent, peut-être, d’un amour impossible, ou assassiné : les visages gardent des regards vides, tous les yeux sont désespérément bleus.

    VOIR AUSSI : PORRET-FOREL (Jacqueline). Aloïse et le théâtre de l’univers, Albert Skira, Genève, 1993.

    Publications de la Compagnie de l’Art Brut, fascicule 7, texte de Jacqueline Porret-Forel, Paris, 1966

    1886, Lausanne (Switzerland) - 1964, Gimel-sur-Morges (Switzerland)

    Aloïse was eleven years old when her mother died. In 1906 she graduated from high school and fell in love with a student. Her sister, however, destroyed that relationship. Even if Aloïse dreamt of becoming a singer, she moved to Germany in 1911 to work first as a teacher, then as a governess for the Chaplain of William II in Potsdam. It is at that time that she developed an imaginary passion for the Emperor. Her first psychological problems appeared when she was twenty-seven years old. Hospitalized first in 1918 at the mental hospital in Cery-sur-Lausanne, from 1920 until her death she would live at the hospital of La Rosière. During the first years of her institutionalization, she isolated herself completely and had occasional attacks of violence. Later she started to adjust to her life at the hospital and was put in charge of ironing the linen. It was probably around 1920 that she began writing and drawing in secret. Her production of this period was almost completely destroyed. It was only after 1936 that Professor Hans Steck, then director of the hospital, and Dr. Jacqueline Porret-Forel, general practitioner, became interested in her work. Aloïse drew most often with colored pencils and crayons, sometimes in addition to petal and leaf juice or toothpaste. Occasionally, she created collages by adding magazine cutouts, chocolate wrapping papers or colored stickers. Her preferred support for her works was Kraft paper retrieved from packages. She most often painted on both sides of the paper ; in order to obtain larger formats, she stitched several sheets of paper together with yarn ; some of them are more than thirty feet long. Aloïse’s story is one of death and rebirth. While creating rupture with her past life (to her "monde naturel ancien d’autrefois", "the ancient natural world of the past"), she was no more the woman of flesh, "black mud" definitely dead, but became the grand Creator of works full of flowers, kings, queens, charming princes, voluptuous princesses, pastries and circuses, of famous love stories. A paradoxical gallery filled with a range of magnificent and at the same time ghostly portraits, vacuous and powerless masks, perhaps testifying to the impossible or broken love, revealed by the desperately empty blue eyes of her characters.

    SEE ALSO : PORRET-FOREL (Jacqueline). Aloïse et le théâtre de l’univers, Albert Skira, Geneva, 1993.

    Publications de la Compagnie de l’Art Brut, fascicule 7, text of Jacqueline Porret-Forel, Paris, 1966.

    Source ABCD